Qui a besoin de chance?

On dit que le poker est un jeu. On dit que c’est un jeu qui nécessite à la fois de la chance et de l’adresse au même titre que le black-jack et les jeux de dés. C’est parce que les cartes sont battues au début de chaque main que la partie est un jeu, n’est ce pas ?

Sauf que nous savons que c’est tout autre chose. En tant qu’inconditionnels du poker, nous savons que l’adresse surpasse la chance. Certains le prouvent avec leurs soldes que le reste d’entre nous aspirent à posséder. Nous engageons des pans importants de notre vie en nous basant sur la croyance sacrée selon laquelle les bons joueurs gagneront l’argent des mauvais joueurs. Ceux qui mènent la partie sont les plus adroits et nous arriverons également au sommet, si nous travaillons dur et si nous développons notre adresse. Selon nous, il s’agit d’un jeu d’adresse et nous voulons être confortés dans cette opinion.

Le mélange entre chance et adresse rend le poker quasiment unique. Dans un duel contre le meilleur joueur mondial, en jouant votre tapis à chaque main vous auriez presque 40 % de chance de gagner ! Ce serait le facteur chance.

L’avantage

Ce que les personnes extérieures au jeu ne savent pas, c’est que même les meilleurs joueurs perdent environ toutes les trois sessions. Notre vieil ami “le long terme” est le seul qui compte. Une seule main, une seule partie ou même un seul mois de résultats ne sont pas significatifs du joueur de poker talentueux. Il sait que s’il joue avec un avantage, en étant plus adroit que ses adversaires et en jouant à son meilleur niveau, il devrait finir par remporter l’argent.

Très peu de personnes savent gérer les instabilités du poker, car très peu de personnes acceptent l’idée selon laquelle l’échec fait partie du processus.

Vous vous en rendrez compte dans la vie de tous les jours, en regardant les personnes qui vous entourent ou peut-être même à travers vous-même. Notre culture nous explique l’échec comme étant une mauvaise chose, alors qu’en réalité il constitue un passage essentiel dans le processus qui mène au succès. Comme l’a déclaré Thomas Edison après 10 000 expériences infructueuses dans l’espoir d’inventer l’ampoule électrique, “Je n’ai pas échoué 10 000 fois, j’ai simplement appris 10 000 manières qui ne fonctionnent pas.” Inutile de préciser qu’il a fini par y arriver – probablement par chance, le veinard. (Regardez-le là-haut – il a été chanceux dans beaucoup de domaines.)

Au poker, la chance se manifeste à chaque session de jeu. Il existe très peu de situations dans lesquelles nous avons une combinaison 100 % gagnante. Il est important d’être pleinement conscient de ce point pour gagner au jeu. Imaginons que vous soyez un favori à 80 % dans une main. Cela signifie que 1 fois sur 5 vous perdrez cette confrontation.

Toutefois, vous ne devriez pas vous en préoccuper, vraiment pas. Car chaque fois que vous vous trouvez dans cette situation, vous gagnez de l’argent. Peut-être ce point est-il le plus difficile à comprendre pour les nouveaux joueurs.

Vous gagnez de l’argent à chaque fois que vous avez un avantage mathématique, indépendamment du fait que vous gagniez ou non à ce moment précis.

Les gagnants au poker le savent bien. Si vous réalisez toujours les bonnes actions, les résultats suivront en votre faveur.

Le long terme

Nous savons donc que le facteur chance est régulier sur le long terme. Le seul problème ? Le “long terme” peut s’avérer très, très long.

Tant que vous n’aurez pas beaucoup joué au poker et connu les mauvais côtés de la variance, (et une affreuse suite de défaites) vous n’apprécierez pas l’inconstance du poker. Lou Krieger, auteur de livres sur le poker, a un jour réalisé une simulation avec trois millions de mains réparties de manière égale entre des joueurs avec une limite de 20 $/40 $. A l’issue de l’exercice, un des joueurs possédait un gain de 65 000 $, et un autre avait perdu plus de 35 000 $. Cette simulation correspond au résultat de 50 ans de jeu réel.

Comment gérer cela ?

  • Tout d’abord, il convient de toujours jouer avec un avantage. Cela signifie être meilleur que ses adversaires.
  • Ensuite, il faut utiliser la gestion du solde. Si vous n’êtes pas attentif, la variance statistique (et les adversaires chanceux qui cachent leur acolyte dans la rivière) peut vous sortir du jeu. La durée du long terme est la raison pour laquelle vous devez jouer des sommes encore plus basses que vous ne le pensez par rapport à votre solde.

Veinard

C’est devenu à la mode de desservir le gagnant du Main Event des World Series of Poker en le qualifiant de “chanceux”. Après tout, la personne qui bat des milliers d’autres joueurs a sans aucun doute ramassé quelques bonnes mains sur le chemin. Mais je peux vous promettre quelque chose – ils savent tous jouer.

Ma citation préférée à propos de la chance s’applique ici plus que jamais :

  • “Bien sûr que je crois à la chance, sinon comment expliquerais-je la réussite de ceux que je déteste.”

Jean Cocteau a déclaré ceci, et bien que je n’aie jamais rencontré l’homme en personne, on en appréciera l’honnêteté. Gavin Smith, l’un des plus grands joueurs sur les tournois professionnels a déclaré que “Tout joueur de poker professionnel a eu de la chance à ses débuts”. Il est assurément vrai que beaucoup des plus grands joueurs ont gagné, au début de leur carrière, un gros tournoi qui leur a rapporté un solde important.

Mais il existe également bon nombre d’histoires sur ceux qui gagnent un gros tournoi, sont persuadés de leur immortalité au poker, misent trop haut dans le jeu en mode réel et dont on n’entend plus parler ensuite.

La principale caractéristique de la chance au poker, c’est que c’est un facteur qu’on ne peut pas contrôler. Appelez ce facteur la chance, la variance, le destin ou Dieu – quoiqu’il en soit, c’est un élément hors de notre contrôle, alors pourquoi s’en inquiéter ? Sinon, alors que cela fonctionne pour nous, bons joueurs de poker – sans la chance, les mauvais joueurs ne joueraient pas, et où serions nous ?

Comme Howard Lederer aime à le dire quand quelqu’un le double avec une main, son adversaire aurait dû suivre : “Je me rappelle à moi-même que c’est pour ça que je suis là”.

Prenons donc l’autre chemin et soyons conscients de la chance. En réalité, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et creuser pour que notre adversaire soit chanceux ? Espérez contre l’espoir qu’il mise son tirage par le ventre pour écraser votre set – vous pouvez même crier avec lui pour la carte. Et quand il le fait, tapez lui dans les mains et félicitez-le. Les avantages de cette approche sont nombreux : c’est bon pour votre karma, cela provoquera la confusion chez vos adversaires et, par-dessus tout, cela ne changera pas d’un cheveu la carte qui va sortir.

Tout comme la vie, il s’agit d’un jeu d’adresse, et contrôler la chance… pardon, la variance… ainsi que la manière dont vous y réagissez en font partie.

Comment gagner de l’argent quand vous perdez

Sur le long terme, jouer avec un avantage est une proposition gagnante. Pourquoi ? La variance est bien plus qu’un concept statistique ou qu’une manière pour les joueurs de poker d’expliquer les raisons d’une session perdante. La variance explique en réalité comment vous pouvez perdre des mains au poker tout en continuant à gagner de l’argent.

  • Afin de vous expliquer, utilisons l’exemple d’une simple proposition de pari. Imaginons que nous misons sur le lancer d’un dé. Trois des faces du dé sont rouges, les trois autres sont bleues, il s’agit donc d’un 50/50. Si nous misons 1 $ le lancer, que vous prenez le rouge et moi le bleu (avec toutes les mises payées à 1 contre 1), au bout de 10 lancers qui sera gagnant ? La réponse est que nous ne savons pas, mais la variance en décidera, ou la chance, si vous préférez.
  • Ce qui reste clair c’est qu’aucun de nous deux n’a d’avantage et en jouant éternellement nous devrions théoriquement finir de la même manière. Mais au-dessus de 10 lancers, l’un de nous sera chanceux. Changeons maintenant de proposition. Nous utilisons un dé différent. Celui-ci a quatre faces rouges et deux faces bleues. Nous rejouons et vous prenez encore le rouge. Cette fois, vous gagnez quatre fois sur six – je gagne deux fois sur six. Nous jouons encore au-dessus de 10 lancers. Qui sera gagnant cette fois ? Encore une fois, nous ne le savons pas, mais cette fois vous êtes favori bien qu’il soit possible pour moi, au cours d’une partie courte, d’inverser les rapports.
  • Si j’ai “eu de la chance” et que j’ai gagné la partie, est-ce que vous voudriez rejouer des sommes à la hauteur de vos moyens ? J’espère que c’est le cas, et j’espère que si je gagne encore, vous rejouerez encore et encore. Vous devez gagner, car vous jouez avec un avantage et “sur le long terme”. Le fait est que rien qu’en jouant la seconde partie, vous gagnez de l’argent car vous avez un avantage, mais cela ne veut pas dire pour autant que vous gagnerez une partie précise.
  • En réalité, vous devez perdre quelques lancers, voire même quelques parties pour que les maths puissent s’appliquer, car vous avez un avantage et non une combinaison complète.